Le PDM fait peau neuve

Un certain nombre de Tunisiens se demandaient où était donc passée l’opposition au cours du dernier mois. Depuis l’élection du 23 octobre et le partage médiatique du gâteau des pouvoirs régaliens, on pouvait se demander si cette opposition était réellement en train de se constituer pour faire figure d’alternance crédible à un pouvoir élu qui est pour le moment loin de faire honneur au droit constitutionnel et à l’ordre de priorité du peuple tunisien.

Une bribe de réponse avait été avancée avec la constitution au sein de l’Assemblée Nationale Constituante d’un groupe parlementaire d’opposition regroupant le PDP, le PDM, Afek Tounes, le PLM et quelques indépendants. Peu audible car faiblement représenté en nombre de sièges, ce groupe parlementaire a néanmoins fait son possible pour exister au sein de cette dernière. La nouvelle annoncée ce jour pourrait donner encore un peu plus de poids politique à ce premier regroupement puisque le Pôle Démocratique Moderniste – El Kotb a publié un communiqué de presse suite à sa Conférence Nationale qui s’est tenue les 3 et 4 décembre 2011 où il annonce sa volonté de fondre l’ensemble de ses composantes « dans une démarche d’édification d’un grand parti démocrate ». Voici ci-dessous l’ensemble du communiqué :

Le Pôle estime que la situation du pays nécessite une solution nationale qui garantisse l’équilibre politique nécessaire à l’accomplissement de la transition démocratique et à la consécration des objectifs de la révolution en termes de dignité, liberté et justice. Ainsi, l’unification des forces démocratiques et progressistes est essentielle afin de relever les défis politiques qui nous attendent dans le futur.
C’est dans ce cadre que le Pôle annonce les décisions suivantes :
1- Le Pôle passe du statut de coalition politique à celui d’un front politique ouvert. Les dispositions réglementaires nécessaires à cet effet seront prises conformément à l’article 15 de loi relative aux partis politiques en date du 30/09/2011
2- Une restructuration sur les plans régional et national en adéquation avec la phase transitoire ainsi que la mise à disposition des moyens humains et matériels nécessaires au bon fonctionnement de ces nouvelles structures.
3- L’accueil des demandeurs d’adhésion au Pôle et leur encadrement à travers une orientation directe vers le travail sur le terrain localement et régionalement
4- La mise en action d’une commission d’experts chargée d’apporter un soutien aux élus du Pôle à l’assemblée constituante.
5- Le Pôle s’inscrit dans une démarche d’édification d’un Parti Démocrate uni qui rassemble les différentes sensibilités démocrates et progressistes .Il a été décidé à cet effet, de créer une commission chargée de contacter les différents partis et protagonistes démocrates et progressistes afin d’établir une feuille de route qui trace les étapes nécessaires à l’accomplissement de cette vision stratégique.
Le Pôle exprime également son soutien de principe à toutes les luttes populaires ainsi que son implication sur le terrain au service du travail, de la justice sociale et du développement régional effectif

Cette volonté de réorganisation politique dans l’intérêt des Tunisiens avait déjà été perçue dans l’un des partis politique du PDM puisque la conférence nationale du Parti Républicain, qui s’est tenue le dimanche 27 novembre 2011 avait annoncé une restructuration de son bureau politique pour mettre en place un nouvel élan et une nouvelle dynamique permettant de répondre au mieux à la réorganisation des forces politiques d’opposition. Il reste maintenant à savoir pour être sûre de la réussite de ce projet qu’un renouvellement politique aura bien lieu dans l’ensemble des partis politiques qui constituent le PDM ou qui se positionnent dans l’opposition. Car un parti comme Ettajdid ne semblait pas favorable à une fusion et au renoncement de son appellation historique il y a encore quelques jours de cela à peine.

En espérant que les cadres des partis historiques comprennent enfin leur décalage par rapport à la réalité tunisienne et assument leur échec de la dernière campagne électorale en laissant la place à une nouvelle classe politique, à des têtes neuves non assimilées à l’ère du Président déchu, pouvant incarner l’avenir du pays et non un passé sans cesse rappelé par des figures d’oppositions. Il ne manque pas d’histoire à la Tunisie, elle a déjà un glorieux passé, il ne lui manque qu’un avenir conduit par des personnes incarnant une nouvelle espérance.

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Un site pour suivre les travaux de la constituante

Pour suivre les différents travaux en cours dans les commissions de la constituante, en apprendre un peu plus sur les débats au sein de l’hémicycle, il existe un site qui peut vous renseigner. Répertoriant les différentes fuites, les documents proposés ou issus des travaux internes le site TnANC.com assouvira à coup sûr, au moins en partie, votre curiosité.

D’autres sources existent via twitter pour en savoir un peu plus : @AdelBsili et le twitter des élus de l’ANC eux-mêmes : @Khelil Ezzaouia, @haythemBelgacem, @NoomaneFehri, @Karimasouid, @MabroukaMbarek, @IyedDahmani, @LobnaJeribi, @NadiaChaabane, @SamirTaieb.

Bonne lecture!

 

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Premiers désaccords au sein de la Constituante

La Commission en charge de l’organisation provisoire des pouvoirs publics, issue de l’Assemblée Nationale Constituante a connu ses premiers désaccords de point de vue aujourd’hui. Ces derniers portent plus précisément sur les prérogatives de différents détenteurs de pouvoirs (Président de la République, Gouvernement et Assemblée Constituante), la modalité de vote pour adopter la constitution et le cumul des mandats de ministre et d’élu de l’ANC.

Ce désaccord s’est matérialisé par des votes qui ont opposé par deux fois les 9 membres d’Ennahdha à l’ensemble des autres membres des commissions, soit respectivement 9 voix contre 13 concernant l’article 5 de l’organisation provisoire des pouvoirs publics (modalité de vote pour l’adoption de la constitution) et 9 contre 12 concernant l’article 8 de l’organisation provisoire des pouvoirs publics (pouvoirs législatifs du Premier ministre du gouvernement).

Cela signifie qu’un accord a été trouvé sur le reste des points, soit la modalité de candidature à la Présidence de la République, l’élection du Président, la délégation de pouvoirs en cas d’empêchement, les modalités d’élection d’un nouveau Président en cas d’empêchement absolu ainsi que la question du siège de la Présidence de la République et les modalités de la motion de censure. Soit un consensus sur la plupart des questions. Il faut d’ailleurs noter à ce propos que selon le président de la commission sur le règlement intérieur qui n’a connu aucun accroc, l’adoption global a été unanime.

L’Observatoire politique tunisien se réjouit donc des débats constructifs au sein des commissions en en attendant d’autres au sein de l’hémicycle car cela signifie que l’ensemble des élus à bien conscience de l’importance d’une absence d’hégémonie dans l’intérêt de l’ensemble des Tunisiens. Ce désaccord en annonce peut être d’autres car la tentative d’adoption en commission par le parti majoritaire Ennahdha était ni plus ni moins une tentative de passage en force pour faire adopter un régime parlementaire qu’ils sont les seuls à vouloir mettre en place. Plus grave pour la pérennité de la coalition tripartite (Ennahdha, CPR, Ettakatol) cette tentative aurait privé le président de l’Assemblée Constituante, Mustapha Ben Jaâfar de la moitié de ses pouvoirs pour les confier au futur premier ministre, sans doute Hamadi Jebali. De quoi remettre en question les accords entre Ennahdha et Ettakatol puisqu’en cas d’adoption, Ennahdha, à travers le Premier ministre aurait récupéré la moitié des pouvoirs qu’ils avaient convenus de confier à Ettakatol. Bonne ambiance…

Sources : Mosaïque FM, Espace Manager, TAP.

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La constitution appartient à un pays, pas à des partis

Compte tenu de la tournure que prennent les débats au sein de l’Assemblée Nationale Constituante notamment à propos des membres directeurs des commissions, du type de régime (parlementaire, semi présidentiel), du mode de désignation du Premier ministre ou des modalités de motion de censure, l’Observatoire politique tunisien souhaitait renouveler sa mise en garde contre la dangerosité du « diktat » imposé à la Tunisie par la coalition des partis au sein de la Constituante. L’objectif de la révolution étant de construire une société plus juste et plus équitable rendant leur dignité aux Tunisiens et empêchant une dérive despotique du pouvoir, il nous semble nécessaire de dénoncer ce qui ressemble de plus en plus à un glissement de la volonté populaire vers l’intérêt partisan. Il ne s’agit pas d’attaquer un parti qui a obtenu la légitimité populaire aux élections, il s’agit de montrer qu’on est en train de dénaturer l’objet de la Révolution. Là où les Tunisiens souhaitaient mettre en place un État de droit dans l’intérêt de tous, les politiques s’arrangent entre eux pour mettre en place un régime politique dans leur propre intérêt, bien loin des préoccupations des Tunisiens. Voici en quelques mots pourquoi la Tunisie en l’état actuel des choses ne se dirige pas vers un État de droit.

Définition de l’État de droit

L’État de droit est une situation juridique dans laquelle chacun est soumis au respect du droit, du simple individu jusqu’à la puissance publique. Il vise à limiter l’hégémonie d’une partie sur une autre en obligeant l’ensemble des acteurs d’une société à se plier à des règles supérieures selon la hiérarchie suivante : Constitution, Engagements internationaux, Lois, Règlements et conventions. Il implique également qu’il existe une justice indépendante, une égalité devant le droit et une séparation des pouvoirs qui garantissent la pérennité et le fonctionnement du système. Ainsi toute personne morale ou physique est susceptible de saisir la justice lorsqu’il pense qu’il subit un préjudice ou qu’on porte atteinte à ses droits, qu’il s’agisse de questions idéologiques, identitaires, professionnelles, personnelles, dans un souci d’équité, parce que personne n’est au dessus de la justice et personne n’est le chantre de la morale.

Ce qui pose problème en Tunisie

La constitution comme expliqué ci-dessus étant le texte fondateur supérieur fixant les principes régulateurs de cet État de droit, il ne doit en aucun être accaparé par une composante de l’Assemblée, aussi légitime soit-elle, pour la simple et bonne raison que l’ensemble des idéologies doivent dialoguer pour mettre en place un consensus convenant aux avis opposés. Il n’y a pas de gagnants d’élections dans une assemblée constituante, il n’y a que des représentants du peuple qui peu importe leur étiquette doivent échapper à la considération partisane. Ils ne représentent un parti que dans le cadre d’un gouvernement, au sein de l’ANC ils ne sont que des représentants du peuple, un peuple qui met le chômage et la vie chère devant les considérations sur les mères célibataires ou la polygamie. Créer un texte fondateur dans l’intérêt d’un parti ou d’une coalition revient à donner les clés d’un pays à un parti ou une coalition en lui laissant la possibilité de se maintenir au pouvoir en toute légalité, en totale contradiction avec un État de droit. La Constitution appartient à la Tunisie et à l’ensemble des Tunisiens, pas à des partis. Posons-nous la question, est-ce pour cela que la Tunisie dénombre des martyrs?

Intérêt du pluralisme

C’est en cela qu’il est important d’avoir un pluralisme politique. Afin que de la diversité puisse émerger une alternative en cas de désaffection du parti majoritaire. Dans l’intérêt des Tunisiens il faut que cette Constitution favorise le pluralisme et empêche un parti de se maintenir au pouvoir, pour que d’un vide politique ne naisse pas une hégémonie puis un despotisme. Pour cela les partis ne doivent pas abuser de leur position de force et dans le même temps une opposition doit s’organiser dans l’intérêt de la démocratie mais surtout dans l’intérêt du peuple.

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La Constituante et le cumul des mandats?

Nous nous interrogions dans un billet précédent sur la position qu’adopterait l’Assemblée Nationale Constituante concernant la possibilité de cumuler un mandat de rédacteur au sein de l’assemblée et de ministre au sein du gouvernement de transition. Le site webmanagercenter à son tour se pose la question légitime du cumul des mandats en se référant au décret-loi encadrant la mise en place de l’Assemblée constituante. En effet, l’article 19 dudit décret-loi n°2011-35 du 10 mai 2011, dans son premier alinéa, stipule que «Nul ne peut cumuler la qualité de membre à l’Assemblée nationale constituante et l’exercice des fonctions publiques non électives moyennant une rémunération de l’État (…).

La raison invoquée ici est donc clairement de prôner la séparation du pouvoir législatif (Assemblée Constituante) du pouvoir exécutif (le Gouvernement) et résulte de l’accaparement des pouvoirs par l’ancien régime, pour que jamais plus une situation similaire ne puisse advenir. Nous ajoutons à cette raison fondamentale le conflit d’intérêt coupable dont serait passible un membre de la constituante qui exercerait une fonction gouvernementale puisque l’ANC assurera également un contrôle de la politique du gouvernement de transition. Occuper un siège et avoir la charge d’un portefeuille gouvernemental serait donc synonyme de conflit d’intérêt en étant à la fois contrôleur et contrôlé…

Concernant la succession d’un élu qui démissionnerait, l’article 23 du décret-loi n°2011-35 précise qu’«En cas de vacance d’un siège au sein de l’Assemblée nationale constituante, le membre en question sera remplacé par le candidat suivant dans le classement de la même liste». Un bon moyen donc de se rendre compte des réelles ambitions de chacun de nos élus susceptibles de devenir ministre. Privilégieront-ils la fierté d’un mandat populaire et de la postérité à l’échelle de l’histoire de ceux qui ont rédigé la constitution de la deuxième république tunisienne ou bien l’ambition personnelle et l’intérêt particulier immédiat à avoir la charge d’un portefeuille ministériel? Les premiers rempliront la charge qui leur a été confiée par le peuple, les seconds céderont aux sirènes du pouvoir aux antipodes de l’intérêt national dont ils se disaient habités lors de la campagne électorale…

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Premières mesures de l’Assemblée Nationale Constituante

Nous vivons en ce moment même et pour au moins l’année à venir des moments historiques. Le peuple a en effet confié à 217 hommes et femmes la légitimité nécessaire pour rédiger la deuxième constitution de la Tunisie. Après quelques balbutiements et une émotion perceptible, l’ensemble des élus ont commencé leur travail en élisant Mustapha Ben Jaâfar (Ettakatol) comme Président de l’Assemblée Constituante avec 145 voix (contre 68 pour Maya Jribi). Mehrezia Laâbidi (Ennahdha) occupe quant à elle la fonction de  premier vice-président de l’Assemblée Nationale Constituante en obtenant 142 voix des votes exprimés tandis que Larbi Abid (CPR) a été élu deuxième vice-président du l’assemblée avec 146 voix.

Maintenant fonctionnelle et officielle, l’ANC se structure à travers la constitution de deux commissions. Le mode de désignation des membres de ces commissions étant d’un membre pour 10 élus avec le système du plus fort reste pour arriver à 22 membres par commission. Ce mode de désignation obligeant de fait les partis à s’entendre pour pouvoir être présents au sein des commissions. C’est ainsi qu’une coalition composée de l’UPL, de dissidents d’Al Arridha et d’indépendants a pu bénéficier d’un représentant au sein de chacune des 2 commissions sous le nom de la « coalition du 14 janvier ». Le parti de Kamel Morjane, El Moubadara s’est allié au PJE (Parti de la Justice et de l’Egalité) et sera représenté également par un membre dans chaque commission. Enfin un dernier bloc s’est constitué avec le rassemblement du PDP, du PDM, de Afek Tounes, du Parti Libéral Maghrébin et d’indépendants afin de pouvoir être représentés par 3 membres dans les deux commissions.

Une de ces commissions est en charge de l’établissement du règlement intérieur :

Commission de la rédaction du règlement intérieur :

Ennahdha (9 membres): Imed Hammami, Néji Jmal, Farhani Daghman, Sana Merseni, Latifa Habachi, Fathi Ayedi, Hela Hammi, Salha Ben Aicha, Amer Aridht

Congrès Pour la République (CPR) (3 membres): Omar Chtioui, Azed Badi, Abdelaziz Kotti

PDP, PDM, Afek Tounes, Parti libéral Maghrébin et indépendants ( 3 membres): Iyed Dahmani, Samir Taieb, Noôman Fehri

FDTL Ettakatol (2 membres): Abderahman Adgham, Slim Abdessalem

Liste d’Al Aridha Pétition Populaire pour la Liberté, la Justice et le Développement (2 membres): Mouldi Zidi, Rim Theyri

Coalition 14 janvier (1 membre) : Hichem Hosni

Coalition démocratique libre (1 membre): Mohamed Chafik Zorkine

Coalition du Parti l’initiative et du parti de la Justice et de l’Egalité (1 membre): Amira Zarouk

et l’autre en charge de l’organisation provisoire des pouvoirs publics  :

Commission de l’organisation provisoire des pouvoirs publics .

Ennahdha (9 membres) : Habib Khedher, Zied Laadhari, Oussama Sghaier, Habib Ellouze, Hédi Ben Brahem, Kalthoum Badreddine, Fattouma Attia, Amel Ghouil, Walid Bennani

Congrès pour la République (CPR) (3 membres) : Aberraouf Elayadi, Hichem Ben Jamaa, Ennaceur Ibrahimi

Coalition PDP, Afek Tounes, PDM, Parti Libéral maghrébin et indépendants (3 membres) : Mehdi ben Gharbia, Fadhel Moussa, Samira Moraï

FDTL Ettakatol (2 membres) : Mouldi Riahi, Said Mechichi

Liste d’Al Aridha Pétition Populaire pour la Liberté, la Justice et le Développement (2 membres) : Hosni Badri, Hassen Radhouani

Coalition 14 janvier (1 membre) : Ahmed Essafi

Coalition démocratique libre (1 membre) : Fayçal Jedlaoui

Coalition du Parti l’initiative et du parti de la Justice et de l’Egalité (1 membre) : Mohamed Karim Krifa

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Eclaircissement sur la règle de vote au sein de la Constituante

Voyant bien que notre article intitulé Un coup d’État qui ne dit pas son nom suscite un nombre important d’incompréhensions et de commentaires, l’Observatoire Politique tunisien souhaitait préciser son analyse par un exemple chiffré explicitant sans doute beaucoup mieux notre point de vue. Lorsque nous parlons de coup d’État il s’agit bien évidemment d’une « accroche » qui ne remet nullement en question la légitimité populaire des élus ou les résultats du scrutin. Cette élection a permis aux Tunisiens de s’exprimer clairement et de donner leur point de vue pour la première fois de leur histoire à travers un droit de vote entier et véritable et nous nous en félicitons.

Nous souhaitons simplement faire comprendre que nous ne parlons pas de coup d’État par rapport aux résultats du scrutin, ni concernant les tractations visant à former un gouvernement de coalition mais bien par rapport à une coalition visant à définir le règlement intérieur avant même que l’Assemblée Nationale Constituante ne se soit réunie. Lorsque Samir Ben Amor du CPR a parlé publiquement de la mise en place d’une commission tripartite (Ennahdha, CPR, Ettakatol) sur le règlement intérieur il nous a semblé opportun de révéler le risque que cela représentait dans la mesure où ces trois partis occupent 138 des 217 sièges de la constituante. Si ces partis lors de la première séance de l’ANC votent pour un règlement intérieur commun, il faut que les Tunisiens sachent qu’ils auront la possibilité de mettre en place un règlement intérieur taillé pour eux. Ils se retrouveraient alors arbitres et acteurs majoritaires de la constituante pouvant selon leur bon vouloir se passer de l’avis des autres et des débats internes. Nous ne sommes pas les seuls à le dire, les constitutionnalistes mettent en garde contre certaines dérives liées au règlement intérieur

Pour illustrer cette hypothétique hégémonie, prenons l’exemple de la règle sur le vote car le règlement intérieur définit notamment la législation sur les modalités de vote. Le choix d’un vote à la majorité +1, au deux tiers ou au trois quarts change totalement la raison d’être d’une constituante :

majorité +1 : 109 sièges sont nécessaires pour valider une proposition
majorité aux deux tiers :
145 sièges sont nécessaires pour valider une proposition
majorité aux trois quarts :
163 sièges sont nécessaires pour valider une proposition

Vous conviendrez alors que le rôle des débats au sein de la constituante n’est pas le même selon la modalité adoptée. Comment voulez vous que les tendances différentes élues et donc tout aussi représentatives des Tunisiens soient prises en compte si le débat est inutile puisqu’une coalition sur le règlement intérieur peut se passer de ces débats. Le rôle d’une constituante encore une fois est d’être représentative du pays afin que les avis divergents dialoguent pour arriver à un consensus convenable pour tous les Tunisiens et pas seulement pour une partie. Même si les avis s’opposent, pour construire un projet commun il faut qu’il y ait un juste milieu, afin que l’ensemble des Tunisiens adhère à un même projet de société. La dénonciation de ce risque de dérive ne veut pas dire pour autant que c’est ce qui va arriver. Simplement, cela n’arrivera pas avec certitude si les Tunisiens sont avertis de ce risque et si les politiques eux mêmes savent que les Tunisiens sont sensibilisés sur cette question. Les médias professionnels et amateurs se doivent de former un quatrième pouvoir en dénonçant systématiquement toute possibilité de dérive afin de rester en adéquation avec les idéaux de la révolution pour que plus jamais l’intérêt particulier puisse se substituer à l’intérêt national, pour que le peuple conserve immuablement sa souveraineté.

Crédit photographique : Jawhara FM

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Un coup d’Etat qui ne dit pas son nom

Nous assistons aujourd’hui à un spectacle politique en Tunisie qui donne la nausée. Bien que les tendances exprimées dans les urnes soient conformes à une volonté populaire, les élus et les partis politiques se comportent comme si leur mandat principal consistait à gouverner le pays et se répartir le pouvoir. Ayant avant tout la charge de rédiger la prochaine constitution puis dans un second temps de veiller à la bonne gouvernance du pays par un contrôle du gouvernement de transition, ces derniers se trompent d’objectif en ne cessant de dévoiler jour après jour, leur soif du pouvoir et leur stratégie visant à le noyauter afin de l’exercer avant même la première réunion de l’Assemblée Nationale Constituante.

Les trois partis coupables de non respect de l’esprit de la constituante sont Ennahdha, le CPR et Ettakatol, car il faut bien différencier ce qui est de l’ordre du calcul politicien et de la tractation légitime, du détournement de la volonté du peuple. Comme expliqué précédemment sur ce même blog, les partis ont tout à fait la possibilité et le droit de s’entendre pour décider d’adopter un article ou un amendement sur un article. En revanche que des partis s’entendent au préalable pour décider des règles de fonctionnement de la Constituante dont ils vont être les acteurs majoritaires est tout simplement scandaleux. Il s’agit ni plus ni moins que d’un coup d’État sur la constituante, une prise d’otage du droit de vote de l’ensemble des Tunisiens car l’objectif d’une constituante est justement que l’ensemble des représentants élus puissent exprimer des tendances différentes dans l’intérêt du peuple afin d’arriver à des consensus qui conviendront non pas à la majorité mais à toutes les parties et donc de manière indirecte à l’ensemble des citoyens ayant exprimé leur voix dans les urnes. La volonté de ces trois partis n’est clairement pas de respecter cet esprit particulier qui doit animer une assemblée constituante. Nous ne parlons pas ici de l’exercice partisan du pouvoir d’un gouvernement, nous parlons d’un texte fondateur qui décidera du futur des Tunisiens pour les décennies à venir…

Et c’est justement pourquoi il est dangereux de voir des partis s’entendre avant même la première réunion de l’ANC dans leur intérêt politicien et vouloir se priver des débats de la constituante qui sont les seuls droits qui ont été accordés par le peuple tunisien lors du scrutin du 23 octobre 2011. Le peuple n’a pas voté pour ses dirigeants, il a donné une autorisation temporaire à des hommes et des femmes pour qu’ils rédigent un texte fondateur répondant à des griefs qui l’ont fait se soulever. Il est en tout cas bien triste de constater qu’un coup d’État est en train de se substituer à la révolution du peuple dans le silence complice des médias tunisiens et étrangers…

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Le sentiment de culpabilité des « progressistes »

Il est maintenant bien établi que la communication déficiente des partis dits « progressistes » a eu une incidence sur les élections. Que l’introduction du débat identitaire en pleine campagne électorale a contribué à la défaite de ces partis. Ce débat qui n’a jamais été une revendication révolutionnaire et qui n’a pas lieu d’être puisque aucun parti, sans aucune exceptions, ne remet en question l’identité et la culture arabo-musulmane des Tunisiens, les pousse, aujourd’hui à l’heure du bilan, à se remettre en question, à hésiter dans la nouvelle posture à adopter, à se questionner sur la forme que peut prendre l’opposition qu’ils incarnent.

Ce temps qu’ils consacrent à cette réorganisation est nécessaire afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs mais décontenance totalement les électeurs de ces partis. Près d’un mois après l’élection, les Tunisiens se questionnent sur cette apparente inactivité. Il faut dire que les adeptes de « l’auto-flagellation » sont nombreux et les articles à charge contre les candidats « progressistes » se multiplient. Il faut également souligner que les partis majoritaires ont intérêt à voir l’opposition marcher en rang dispersé et sont en train de tout entreprendre pour tenter de faire échouer ce rassemblement, synonyme potentiellement d’alternative politique. Les chancelleries et les médias étrangers également ont contribué à ce débat car il s’agit d’une question d’actualité qui n’est pas spécifique aux pays dont la population est majoritairement musulmane. Les Européens et les Américains s’intéressent également à cette problématique de se définir par rapport au monde. Nous pouvons aisément faire un parallèle avec la christianisation de la culture danoise ou le débat soulevé par l’UMP, sur la place de l’islam dans la société française. Ces débats marquent l’actualité politique et médiatique dans le monde bien qu’ils soient loin des préoccupations premières des peuples de ces pays. Personne en Tunisie ne réclame la mise en place d’un multiculturalisme institutionnel, l’identité arabo-musulmane n’est donc pas en danger. De la même manière, il n’est pas vraiment dans la vocation d’une constitution de définir une identité. Une constitution, c’est proclamer un certain nombre de principes de liberté et veiller à leur respect, et c’est organiser au mieux la conquête et l’exercice du pouvoir, d’une manière à la fois démocratique et efficace.

Mais au-delà du débat en lui-même qui n’a servi qu’à salir un camp, il faut se demander qui avait plus intérêt à ce qu’il intervienne en pleine campagne électorale, seulement deux semaines avant le scrutin. Qui avait le plus à gagner en amenant cette question identitaire sur le tapis et qui a aujourd’hui le plus intérêt à maintenir ce sentiment de culpabilité dans les bureaux politiques « progressistes » et dans l’esprit des militants. La victime autoproclamé ou le coupable désigné? Il est facile de tout mettre sur le dos des « progressistes » mais ce ne sont pas eux qui ont parlé de « koufar » ou de « laicaia » auprès des Tunisiens les plus démunis, ce ne sont pas eux qui ont diffusé Persepolis avant de se déclarer choqué par leur propre programmation, ce ne sont pas eux qui essayent par tous les moyens de moraliser la société par la base en exerçant des pressions quotidiennes, ce ne sont pas eux qui tentent de fausser le futur fonctionnement du règlement intérieur. Le coupable désigné ressemble pourtant à une victime aujourd’hui, la victime d’un débat auquel il a participé mais qu’il n’a pas provoqué.

Continuer à se sentir coupable n’est pas une solution. La culpabilité est un excellent outil de manipulation et surtout un instrument de domination. L’individu coupable faisant tout le nécessaire pour recommencer à être accepté. La culpabilité fonctionne parce qu’elle joue avec la nature sociale de l’individu et avec sa nécessité d’être lié aux autres. Au travers de la culpabilité on apprend comment on doit se comporter, ce qui est bien et ce qui est mal, on apprend à ne pas être nous-même et à nous adapter aux exigences des autres. On l’utilise pour manipuler les autres et pour obtenir d’eux une conduite déterminée. Se libérer de la culpabilité, c’est prendre la responsabilité de ce qui nous arrive, de ce que l’on est. En arrêtant de s’encombrer des accusations que nous font les autres et de celles que nous nous faisons nous-même. Pourquoi se sentir coupable quand on porte des idées auxquelles on croit, même si l’on est minoritaire.

Il faut arrêter avec l’idée que l’heure est au rassemblement coûte que coûte, que faire ce genre de bilan revient à maintenir une scission dans la population tunisienne, à créer des camps. La joute politique n’est pas une promenade au pays des bisounours, c’est une opposition entre projets de société et cela implique de communiquer sur les désaccords, de dénoncer les dérives, de proposer d’autres solutions et de former des « camps » qui s’opposent de manière constructive dans l’intérêt du peuple car une opposition forte empêche les dérives et les abus. Il faut effectivement cesser de stigmatiser l’adversaire politique, cesser de se définir par rapport à lui, éviter d’aller sur le terrain sur lequel ils souhaitent nous amener mais surtout il faut se rassembler pour devenir crédible, pour se donner plus de poids. Il faut faire place nette à une nouvelle classe politique renouvelée qui a montré sa compétence au cours de cette première campagne électorale pendant que l’ancienne essoufflée et parfois hors du coup, portant un message trop proche de celui de l’ancien régime, plongeait dans ce débat identitaire sans compréhension de la société tunisienne d’aujourd’hui, par l’absence de connaissance d’un terrain qu’elle ne fréquente plus…

La jeune garde politique d’opposition n’a pas a porter la culpabilité des ainés, elle doit simplement prendre sa place afin de remplacer les figures trop connotées qui faisaient déjà de la politique du temps du dictateur déchu, afin que l’enthousiasme et les idéaux succèdent à la culpabilité, afin qu’une jeunesse fasse la « révolution » qui ne peut être faite par les anciens, car les mentalités ne peuvent changer qu’avec le changement des générations.

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Semaine politique (critique) de l’OPT #3

L’Observatoire politique tunisien se propose de récapituler, sous un angle critique, les évènements marquants de la vie politique tunisienne de la semaine passée afin d’offrir une vue d’ensemble de l’évolution du processus démocratique qui a lieu actuellement en Tunisie :

L’ISIE a annoncé les résultats officiels de l’élection dans une conférence de presse, le lundi 14 novembre 2011 à 11h du matin. Comme prévu, il n’y a pas eu de surprises et les recours auprès du Tribunal Administratif ont fait valoir les droits des candidats à l’élection pour la constituante du 23 octobre dernier. Kamel Jendoubi plaide à présent pour une ISIE permanente apprend on sur Kapitalis. Autant l’organisation des élections a été excellente, autant leur rôle d’arbitre équitable a été d’une nullité sans nom. On ne peut pas se contenter de relever et vérifier des infractions sur son propre site internet et ne pas prendre de sanctions par la suite, on ne peut pas contrôler le financement de la campagne électorale sans contrôler le financement des partis depuis le 14 janvier, on ne peut pas arbitrairement sanctionner un seul parti parce qu’on sait que ça plaira à l’opinion, on ne peut pas être conciliant avec la plus petite des infractions, car ce ne pourra être qu’un encouragement pour les contrevenants, enfin on ne peut pas se créer une légitimité en étant débouté par un Tribunal Administratif. Un organe de contrôle indépendant des élections, oui, mais sans courage et sans prises de position fermes, non…

Le parti FDTL-Ettakatol a annoncé qu’il suspendait sa participation aux commissions pour l’élaboration d’un programme commun avec Ennahdha et le CPR. C’est une bonne nouvelle car il s’agissait ni plus ni moins que d’une prise d’otage de l’Assemblée Nationale Constituante avec par exemple un accord sur le règlement intérieur à définir au sein de cette dernière. Inutile de se réjouir cependant, l’acte est purement symbolique et ne les placera pas dans l’opposition, c’est en tout cas ce qu’affirme Khémaïs Ksila, membre du Bureau politique d’Ettakatol, qui refuse le terme de « rupture » lui préférant « message à l’opinion publique et aux adhérents ». Autant dire de simples paroles pour tenter de rassurer des militants déçus qui se cherchent un nouveau foyer et une opinion publique en proie à de sérieux doutes à la vision du nouveau concept de Mustapha Ben Jaâfar : l’opposition d’intérêt nationale…

Après Souad Abderahim et ses « infâmes mères célibataires », c’est « la reconquête de Jérusalem et le 6e califat » de Hamadi Jebali qui sont aujourd’hui dans l’actualité. Ennahdha qui avait pourtant l’air de savoir ce qu’il faisait avec sa communication travaillée, ses méthodes professionnelles commet erreur sur erreur ces derniers temps, serait-ce le signe d’un péché d’orgueil? Une chose est sûre Samir Dilou, le pompier de service, n’a de cesse d’éteindre les feux allumés par les cadres de son parti. Avoir des pyromanes au pouvoir ne s’avère clairement pas être un gage de sérénité…

El Aridha règle ses comptes. A la suite d’une réunion politique tenue à Monastir, avec la participation de Hechmi el Hamdi en visioconférence, la Pétition populaire a décidé de dissoudre toutes les listes n’ayant pas obtenu de sièges (belle preuve de fidélité qui s’assimile à une sanction) et l’exclusion de tous les élus ayant annoncé leur indépendance, (là il s’agit clairement de l’application de sanctions pour crime de lèse-majesté). Autant parler d’une ambiance particulièrement bon enfant au sein d’un parti qui respire la démocratie…

Les dirigeants de l’Union générale tunisienne de travailleurs (Ugtt) se montrent solidaires avec leur chef Abdessalem Jrad, soupçonné de corruption et dont l’implication avec l’ancien régime est un secret de polichinelle. Ils s’insurgent aussi contre le rapport récemment publié par la Commission nationale d’établissement des faits sur les affaires de malversation et de corruption, qui a publié des informations très gênantes pour M. Jerad et tentent de faire pression sur les gouvernants en déclenchant des grèves, un peu partout dans le pays. Non contents de poignarder l’économie du pays, ils refusent donc que la justice indépendante fasse son travail. En voilà une idée « révolutionnaire » digne du fonctionnement de… l’Ancien Régime.

C’est tout pour cette semaine et c’est déjà pas mal…

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