Ennahdha abandonne l’idée d’un régime parlementaire

C’est en tout cas ce qu’a implicitement annoncé Hamadi Jebali, secrétaire général du parti Ennahdha durant la rencontre organisée par le Centre des Jeunes Dirigeants (CJD), samedi 12 novembre 2011, à l’hôtel Concorde aux Berges du Lac en déclarant que « la prochaine étape était l’organisation des élections présidentielles et législatives dans le pays ».
C’est un revirement complet par rapport à leur programme électoral présenté le 14 septembre 2011 au Palais des Congrès (cf Ennahdha à la loupe pour une analyse de ce programme) car leur volonté affichée, même au lendemain des élections, était clairement de mettre en place un régime politique parlementaire. On peut tirer un certain nombre d’enseignements de cette communication qui a un objectif clair. D’abord Ennahdha souhaite continuer de laisser penser qu’il ne fait pas d’erreur et qu’il est un parti rassembleur et conciliateur. Se positionner pour un régime parlementaire reviendrait à s’opposer à l’ensemble de la classe politique qui est pour un régime présidentiel ou semi-présidentiel. Ainsi même avec 89 sièges, il perdrait à coup sûr en cas de vote au sein de l’Assemblée Nationale Constituante. En agissant de la sorte le parti se prémunie d’une première défaite politique et conserve son image de parti victorieux et rassembleur. Ensuite et plus secondairement, Ennahdha a peut être lâché ce « lest » dans les négociations entamées avec Ettakatol et le CPR afin de laisser penser à une ouverture au débat alors qu’il s’agit simplement de leur intérêt et de leur image dont il s’agit vraiment.
Il est cependant intéressant de noter que leur comportement va en totale contradiction avec cette déclaration puisque Ennahdha agit depuis l’annonce des résultats des élections du 23 octobre 2011 comme si la Tunisie possédait déjà un régime parlementaire. Comme expliqué dans deux articles précédents : un régime parlementaire sans concertations et après le gouvernement d’intérêt national, le règlement intérieur d’intérêt partisan, ils ont considéré jusqu’à maintenant qu’en tant que parti le plus victorieux des élections ils avaient un droit de regard sur tout, s’octroyant des pouvoirs, se permettant d’envisager un casting pour le prochain gouvernement avant même d’avoir attendu la première réunion de l’Assemblée constituante (finalement prévue pour le 22 novembre), seule entité légitime car élu au suffrage universel.

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L'Observatoire Politique Tunisien est une initiative individuelle privée, non affiliée à un parti, qui a pour objectif de sensibiliser les Tunisiens à la politique. Par des présentations, des analyses et des commentaires de l'actualité politique du pays, nous tenterons de fournir aux lecteurs quelques clés pour analyser et comprendre la communication politique des différentes composantes du paysage politique tunisien.
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Un commentaire pour Ennahdha abandonne l’idée d’un régime parlementaire

  1. Il semblerait que depuis la mi novembre, le parti Ennahdha ait finalement changé d’avis sur la question puisque au sein des commissions de travail de l’Assemblée Nationale Constituante il ont bel et bien proposé la mise en place d’un régime parlementaire avec un Premier ministre prenant certains pouvoirs du Président de l’Assemblée Constituante. La proposition a été refusé mais c’est maintenant l’ANC dans son ensemble qui va se saisir de la question

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