Un régime parlementaire sans concertations

L’Observatoire politique tunisien souhaitait réagir aux propos d’Abdellatif Mekki, membre du bureau exécutif du mouvement Ennahdha qui a déclaré à Tunisie Numérique que la constitution du nouveau Gouvernement serait annoncée lors de la première réunion de l’Assemblée Constituante prévue pour le 16 novembre 2011.

Monsieur Mekki semble oublier certaines étapes du processus démocratique lorsqu’il se permet de faire ce genre de déclaration publique. Que les partis commencent les tractations et les négociations est bien normal, on n’improvise pas en politique. Que le parti Ennahdha souhaite mettre en place un régime parlementaire n’est pas une surprise non plus pour celui qui a suivi la campagne électorale. En revanche considérer que ce système parlementaire est déjà en place et se prévaloir de la décision officielle de l’Assemblée constituante est bien présomptueux et surtout non respectueux des prérogatives des futurs membres élus de cette assemblée.

Car un gouvernement légitime ne peut être mis en place aujourd’hui en Tunisie sans le vote d’un règlement intérieur définissant les modalités de désignation du président et du chef de gouvernement et sans l’accord d’une majorité des 217 membres de l’Assemblée Constituante. Ennahdha n’a à ce jour aucune légitimité élective pour annoncer la formation d’un gouvernement avant la première séance de l’assemblée, ni aucune raison légale de penser que la majorité des urnes lui donne un pouvoir de désignation comme dans un régime parlementaire, elle n’a à ce titre pour le moment aucun droit de regard sur le futur président de la république ou le futur premier ministre…

Le droit constitutionnel ou supra constitutionnel est un sujet sérieux qui ne laisse pas la place à l’approximation ou aux déclarations à l’emporte pièce. Il est important de le rappeler à ceux qui pensent qu’ils sont déjà arrivés aux responsabilités. Le peuple a donné à Ennahdha la légitimité d’être majoritaire, pas celle de faire ce que lui dicte son bon vouloir, la nuance est importante et certains politiques semblent l’avoir oublié…

A propos observatoirepolitiquetunisien

L'Observatoire Politique Tunisien est une initiative individuelle privée, non affiliée à un parti, qui a pour objectif de sensibiliser les Tunisiens à la politique. Par des présentations, des analyses et des commentaires de l'actualité politique du pays, nous tenterons de fournir aux lecteurs quelques clés pour analyser et comprendre la communication politique des différentes composantes du paysage politique tunisien.
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4 commentaires pour Un régime parlementaire sans concertations

  1. Tounsi dit :

    Vous semblez oublier qu’ Ennahdha agit en concertation avec le CPR et Ettakatol et qu’avec seulement le soutien de l’un de ces deux derniers partis la majorité que vous cherchez est bel et bien acquise ! Il faudrait bien un jour que nos 1% de tunisiens prétendument intellectuels illuminés intègrent dans leur analyses politiques le fait important qu’aujourd’hui en Tunisie, ils ne peuvent plus décider de tout tous seuls et que la place est maintenant aux autres 99% !

    • Nous n’oublions rien, simplement il y a des règles d’usages en démocratie. C’est bien pour ça que nous demandons à ce qu’ils ne parlent pas publiquement de ces tractations par respect pour la fonction de membre de l’assemblée nationale constituante. Ce ne sont pas ces trois partis qui décident, c’est l’Assemblée constituante qui le fait. Quant à votre remarque sur les « illuminés », elle est tout aussi applicable aux trois partis qui sont en discussion, ils ne peuvent décider de quelque chose tant que la seule autorité légitime ne s’est pas prononcée…

  2. tunisien dit :

    J’ajouterai pour ma part que ce n’est pas parce qu’on voit les choses différemment de ceux qui ont obtenu la majorité des suffrages exprimés lors d’une élection qu’on se réduit à « 1 % » et qu’on doive, en plus, être taxé d' »illuminés » (à moins que l’auteur du commentaire n’ait voulu dire autre chose que ce que ce mot signifie), comme il ne suffit pas d’avoir obtenu 41 % de ces mêmes suffrages exprimés ni même d’avoir réussi à forger une alliance plus ou moins durable (seul l’avenir le dira) avec un ou deux autres partis, de manière à dépasser les 50 %, pour pouvoir proclamer qu’on représente « 99 % » de l’ensemble d’une population. Tout cela n’est que surenchère et polémique stérile.

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