Notre salut collectif passera par le renouvellement

Alors que les tractations politiques, battent leur plein, que chacun se déclare candidat à la présidence ou au premier ministère, que les médias décrètent ou encensent sans travail d’investigation et sans impartialité, que les dirigeants politiques campent sur leur position sans remettre en question une once de leur communication, il ne faut pas s’interroger sur la légitimité de notre démocratie balbutiante mais bien sur la légitimité de nos dirigeants politiques et de nos médias.

Car ces derniers ne peuvent pas fuir leur responsabilité en la mettant sur le compte de leurs mains liées pendant de trop nombreuses années. Ce n’est pas parce qu’on ne peut exercer son droit dans son propre pays qu’on n’a pas conscience des principes de la liberté. Ce n’est pas parce qu’on a été politicien sous la dictature que la défaite signifie qu’on a été floué ou que l’adversaire à triché. Enfin, ce n’est pas parce qu’on s’est contenté de publier des communiqués du Palais pendant des années qu’on peut aujourd’hui ignorer les principes du journalisme.

Tous les commentateurs s’accordent aujourd’hui pour dire que la communication du camp dit « progressiste » a été pour le moins déficiente, pour le plus catastrophique. Cela s’explique de différentes manières : par la méconnaissance ou la condescendance des Tunisiens entre eux, par le fossé creusé par le régionalisme, par une forme larvée de lutte des classes, par un carriérisme égoïste privilégié au détriment de l’intérêt national, par l’émiettement de l’électorat « progressiste » perdu dans la pluralité de l’offre politique, par une volonté politique insuffisante ou au contraire par un choix idéologique trop téméraire, loin des préoccupations des Tunisiens les plus démunis, par une phraséologie manquant de simplicité ou par des campagnes de calomnies cautionnées et appuyées par les médias…

Autant dire que les partis progressistes doivent sérieusement se remettre en question. Leur discours comme leur idéologie, parfois trop éloignée des priorités des Tunisiens, n’ont pas su répondre aux demandes de ces derniers ni se dresser en tant que rempart face au populisme parfois révoltant qui a détourné une partie de l’électorat des véritables propositions. Nul ne peut contester le fait que ce qui a fait trancher la majorité des indécis a été un faux débat sur la laïcité et la religion alors qu’il n’y a pas en Tunisie de parti qui se présente en tant que parti laïc ou ne reconnaissant pas l’identité arabo-musulmane comme constitutive de la société tunisienne actuelle. Nous avons nous aussi pris part sans le vouloir à ce débat stérile qui par incompréhension, a fait passer une demande libertaire en provocation, poussant parfois les plus modérés a se radicaliser dans leur choix.

Parce que les urnes ont parlé, parce que les changements ne peuvent s’opérer que d’une génération à une autre, le camp progressiste avant de s’unir doit se renouveler. Renouveler sa communication afin de s’inscrire dans la réalité tunisienne, renouveler ses représentants afin de porter des visages neufs qui ne pourront plus être associés à des partis ou des idées déjà présents du temps du dictateur et renvoyant par association à l’ancien régime, renouveler ses idées enfin, pour construire un nouveau modèle de société qui ne s’inspire pas d’une importation étrangère venant du nord ou de l’est. Ce processus de renouvellement ne pourra s’enclencher que par la volonté des dirigeants politiques les plus anciens. Si ils aiment réellement leur pays et privilégient vraiment l’intérêt national alors ils doivent poursuivre leur militantisme politique mais au sein des instances des partis en laissant la place aux jeunes qui sont plus en adéquation avec la réalité tunisienne et qui sont les premiers acteurs de la sensibilisation de terrain. Si ces anciens sont présents dans l’Assemblée constituante c’est grâce à cette jeunesse qui est allée à la rencontre des Tunisiens au cours de la campagne électorale, cette même jeunesse qui s’était élevée entre décembre et janvier pour crier sa soif de dignité. Le temps n’est donc plus à la torpeur, au choc de la réalité tunisienne, cette remise en question digérée, il faut que les acteurs du progressisme, peu importe leurs étiquettes débutent leur mise en route pour les prochaines échéances qui arrivent à grands pas.

De la même manière et pour conclure, le courant modéré du parti Ennahdha doit prendre ses responsabilités et s’imposer clairement en tant que courant majoritaire en renouvelant lui aussi ses têtes, en remplaçant les figures plus anciennes qui sont impliquées dans des affaires plus sombres de l’histoire du parti Ennahdha et qui inspirent la peur chez certains Tunisiens. Car pour gouverner au suffrage universel il faut savoir fédérer toutes les tendances, rassembler les Tunisiens autour d’un projet commun et aujourd’hui personne ne peut se targuer d’avoir su le faire. Certainement pas les progressistes qui se sont construit en négatif du parti islamique, ni Ennahdha qui a su jouer de son statut de victime en instrumentalisant la religion et en diffamant ses concurrents, ni Ettakatol qui après avoir promis à ses militants un accord avec les progressistes a finalement changé de stratégie après les élections…

Les Tunisiens ne pourront véritablement se rassembler dans un projet commun qu’à la condition du renouvellement, pour que le consensus naisse de la nouveauté car aujourd’hui personne ne peut rassembler autour de son nom ou de son passé.

A propos observatoirepolitiquetunisien

L'Observatoire Politique Tunisien est une initiative individuelle privée, non affiliée à un parti, qui a pour objectif de sensibiliser les Tunisiens à la politique. Par des présentations, des analyses et des commentaires de l'actualité politique du pays, nous tenterons de fournir aux lecteurs quelques clés pour analyser et comprendre la communication politique des différentes composantes du paysage politique tunisien.
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5 commentaires pour Notre salut collectif passera par le renouvellement

  1. mallek najib dit :

    merci beaucoup pour cette analyse.
    à mon avis il faut une réorganisation complète des forces progressistes en présence ( renouvellement des idées et leur adaptation à la réalité tunisienne, fusion entre partis de même obédience, renouvellement des structures et adopter un schéma de travail en équipe et non la personnalisation des partis, améliorer et adapter les techniques de communication avec le public, faire participer la société civile et s’ouvrir à eux et les responsabiliser, revoir et donner plus d’importance au rôle de la femme et de la jeunesse dans la vie du parti en leur donnant plus de poids dans les postes de décision, étendre et généraliser les représentations du parti au niveau local et régional tout en optimisant les choix des représentantes et représentants du parti par des recrutements judicieux de personnes collant aux problèmes spécifiques,etc…..) si on arrive à avoir deux ou trois courants dans la vie politique, alors on pourra garantir le succès et permettre à la démocratie de s’institutionnaliser dans la vie du tunisien et lui permettre de choisir selon ses convictions en toute sérénité et donc instaurer le principe d’alternance garant de la démocratie.
    enfin je pense certaines idées et thèmes doivent être impérativement inclus dans le discours et les programmes politiques: démocratie participative impliquant et instaurant le principe de la citoyenneté, l’environnement comme principe de conduite dans tout projet de développement, la culture au sens le plus large, l’histoire et les traditions, parler du développement durable.etc…..
    je conclue par rappeler qu’il n’y a pas de sujet d’inquiétude concernant le poids réel de tous les partis opérant sur la scène politique tunisienne, y compris Ennahdha qui a gagné les élections de la constituante et qui ne représente, en réalité, guère plus de 13 % de la masse électorale totale (7569.000 environ) et donc tout reste possible à condition de changer les structures et les mentalités. le contraire serait suicidaire, politiquement j’entends.

  2. Elloumi Farida dit :

    1 – On n’a pas voulu et/ou convaicu les 54 pourcent non votants. (Il fallait développer un peu plus l’idée géniale du retour du dictateur.
    2 – Les petits partis auraient du voter pour les grands partis .
    3 – Le pouvoir de l’argent malgré un cas spécial.
    4 – L’énigme alaridha. Comment est elle passée sous silence?
    5 – Plusiers partis auraient pu s’unir e.g. AFEK, PDM…………
    6 – Négligence ou ignorance du terrain.
    7 – On a mis tous les RCDistes ds le mme sac bons et mauvais.
    8 – Meetings et discours pour les chaises en grande partie.
    9 – La médiatisation s’est concentrée sur le discours musulmans laics et non laics en négligeant les vrais problèmes du pays.

  3. Ping : Le PDM fait peau neuve | Observatoire Politique Tunisien

  4. drieghe annemie dit :

    Félicitations avec « votre » photo de la révolution………..Je crois que l’auteur, Amine Boussoffara , n’est malheureusement pas encore au courant de se « vole »…..

    • D’abord bonjour, c’est la moindre des choses.
      Pour répondre à vos propos teintés d’animosité, je ne suis pas responsable de votre sale journée, sachez simplement que je ne connaissais pas la provenance exacte de la photographie mais merci pour l’information, le photographe a beaucoup de talent. Concernant votre accusation de vol, nous n’avons nulle part affirmé que nous étions à l’origine du cliché donc je ne vois pas bien là l’intérêt de votre intervention. Si cela déplait au photographe il saura je suis sûr me le dire lui même il n’a sans doute pas besoin d’un chaperon. Merci pour l’intérêt que vous portez au blog, je ne vous remercie pas en revanche pour vos remarques hors de propos…

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