Quid des tractations en cours

Gardant son objectif de vigilance citoyenne à l’esprit, l’Observatoire politique tunisien souhaite faire un point critique sur les tractations qui ont actuellement lieu dans un camp comme dans l’autre en Tunisie et qui visent à constituer un régime bipolaire pour l’avenir politique du pays. D’un côté le camp de l’opposition tente de se constituer pour se poser en alternative, de l’autre, le camp de la majorité cherche à se consolider par l’appui de partis ne partageant pas nécessairement son idéologie.

L’opposition : Deux partis ont clairement annoncé la couleur concernant leur non-participation à un gouvernement d’union nationale, le PDP et le PDM (El Kotb), auquel il est possible d’ajouter le parti Afek Tounes qui partage un certain nombre de valeurs avec eux.

La majorité : Le parti vainqueur Ennahdha, sorti renforcé de ces élections cherche lui a consolider sa première place en s’associant à d’autres forces politiques pour s’assurer une majorité au sein de la constituante et afin de partager le pouvoir pour ne pas subir seul la responsabilité du pouvoir et de la relance de l’économie.

Il est important de rappeler que ce vote visait à désigner les rédacteurs de la future constitution et pas ceux qui occuperaient le pouvoir car c’est ce que semblent oublier bon nombre d’acteurs de la vie politique tunisienne et la quasi totalité des journalistes tunisiens et étrangers. En ce sens le vainqueur va avoir un pouvoir de contrôle au sein de la Constituante sur la politique gouvernementale mais il n’a jamais été question de donner le pouvoir de rédiger la constitution et de gouverner le pays à une seule et même entité politique… D’ailleurs le vainqueur en question pense déjà qu’il se trouve dans un régime parlementaire en parlant d’une majorité qui le légitimise pour gouverner mais la question n’a pas été tranchée à travers les débats de la constituante, par conséquent il se trompe et s’octroie des pouvoirs qu’il n’a pas. De la même manière, parler publiquement de tractations pour savoir qui sera le président ou le premier ministre est un non sens dans la mesure où l’assemblée constituante ne s’est pas encore réunie pour parler des modalités d’élection du président et du premier ministre… Que les partis aux pouvoirs fassent honneur à la démocratie en respectant leurs électeurs et en ne s’attribuant que le pouvoir que le peuple leur a donné. Maintenant qu’un vote a décidé de leur légitimité, que les débats de la constituante commencent et seulement à partir de ce moment là on pourra avancer des noms de personnes.

L’inconnue pour la suite des évènements reste donc le positionnement de certains partis qui choisiront de s’associer ou non à la politique que souhaite mettre en place Ennahdha. Les décisions du CPR et d’Ettakatol s’avèreront essentielles pour le futur équilibre politique tunisien. Une chose est sûre, la volonté affichée et annoncée par le parti vainqueur d’avoir la charge de ministères comme ceux de l’éducation, des affaires religieuses et de la culture prouvent qu’ils souhaitent entamer des réformes en vue d’une arabisation totale excluant une identité qui est le fruit de l’histoire tunisienne et s’assimilant à une forme de révisionnisme… Il suffit également d’être un tant soit peu réfléchi et lucide pour comprendre qu’ils ne souhaitent pas avoir la charge de la relance économique du pays qui aura nécessairement des répercussions sur les élections à venir en terme de capital sympathie. Les mesures fiscales restrictives et d’austérité n’ont jamais fait gagner des élections et le bureau politique d’Ennahdha l’a bien compris en souhaitant partager cette charge voir carrément faire porter le chapeau d’un hypothétique fiasco économique à d’autres. Car le populisme électoral est une chose, la réalité économique en est une autre et les promesses faites devront être tenues pour espérer exister dans le cœur des électeurs qui seront de plus en plus exigeants et de moins en moins naïfs avec la répétition de l’exercice électoral.

Que ces messieurs du CPR et d’Ettakatol réfléchissent donc bien à leur stratégie pour le futur de la Tunisie. Souhaitent-ils être associés à la politique que veut mettre en place Rached Ghannouchi? Souhaitent-ils briguer un ministère symbolique comme une consécration à leur campagne électorale réussie? Ou souhaitent-ils construire un régime politique équilibré qui garantira la démocratie sur le long terme aux Tunisiens? De cette réflexion, naîtra un régime bipolaire ou bien un régime sans contre-pouvoirs critique, sans une opposition forte capable de soulever les contradictions du gouvernant en incarnant une alternative politique susceptible de le remplacer…

La classe politique doit prendre conscience des enjeux de ce régime bipolaire car dans le cas d’un éventuel échec démocratique en Tunisie tous devront assumer la responsabilité de cet acte manqué, les « progressistes » qui doivent s’unir pour constituer une opposition crédible au delà des égos et des ambitions des individus, les partis arbitres (CPR, Ettakatol) qui peuvent déséquilibrer le jeu politique du pays et ternir l’image de leur parti en servant de bouc-émissaire en cas de difficultés dans la relance économique de la Tunisie, et le parti majoritaire en s’octroyant des pouvoirs qu’il n’a pas, en faisant tout pour éviter l’alternance politique conduisant inéluctablement au retour du parti unique…

A propos observatoirepolitiquetunisien

L'Observatoire Politique Tunisien est une initiative individuelle privée, non affiliée à un parti, qui a pour objectif de sensibiliser les Tunisiens à la politique. Par des présentations, des analyses et des commentaires de l'actualité politique du pays, nous tenterons de fournir aux lecteurs quelques clés pour analyser et comprendre la communication politique des différentes composantes du paysage politique tunisien.
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4 commentaires pour Quid des tractations en cours

  1. tunisien dit :

    En ce sens le vainqueur va avoir un pouvoir de contrôle au sein de la Constituante sur la politique gouvernementale mais il n’a jamais été question de donner le pouvoir de rédiger la constitution et de gouverner le pays à une seule et même entité politique…

    Je me permets de ne pas être d’accord sur ce point. La question n’a peut-être pas été suffisamment débattue et quand elle a été évoquée, elle l’a été sous l’angle irréaliste du recours au référendum pour déterminer les rôles et les règles du jeu, mais il a toujours été entendu que la constituante devait prendre en main les rênes (en désignant le chef de l’état, en formant le gouvernement et en en assumant le contrôle) du pays en même temps qu’elle allait devoir rédiger la constitution. Comment peut-elle assumer de telles prérogatives sans que sa composition ne pèse dans la balance et ne se reflète d’une manière ou d’une autre sur les choix d’hommes et d’orientations que ces prérogatives impliquent ? Et si ce n’est pas elle qui s’en charge, qui va s’en charger et suivant quels autres critères ? Je crois que ce qui se passe aujourd’hui était tout à fait prévisible quel que fût le vainqueur et que s’il n’était pas énoncé d’une manière tout à fait explicite, il était entendu au moins implicitement.

    • Ce raisonnement n’est valable que dans un régime parlementaire, or la majorité des partis se positionnent pour un régime mixte… La majorité dans la constituante n’a donc pas a décidé selon le régime qu’elle souhaite mettre en place, il faut d’abord que la constituante décide de ces modalités avant de décréter quoi que ce soit… Le pouvoir de contrôle permettrait un gouvernement légitime mais non élu composé de technocrates indépendants ou d’union nationale. Là le conflit d’intérêt peut exister avec une majorité dans la constituante qui gouverne en même temps????!!! Il était question de donner un pouvoir de contrôle à l’assemblée constituante pas une « double chaise ».

  2. tunisien dit :

    Mais en attendant l’adoption de la nouvelle constitution et la mise en place des institutions de la deuxième république, la constituante est la seule instance pouvant se réclamer de la légitimité des urnes et elle est par conséquent la seule structure habilitée à exercer le pouvoir ou à le déléguer de par cette même légitimité. Quant au gouvernement de technocrates, je crois qu’on connaît les limites de ce concept de manière beaucoup plus précise après l’expérience des différentes éditions de gouvernement de transition qui se sont succédé depuis janvier dernier…

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