Quelle communication face aux évènements Nessma?

Les différentes composantes du paysage politique tunisien doivent se positionner sur les différents sujets d’actualités, particulièrement à l’approche d’élections, pour tenter d’infléchir l’électorat en leur faveur. Par de subtiles approches, en « bottant en touche », de manière ferme ou pour ne rien dire, cet exercice s’avère très souvent périlleux pour celui qui s’y aventure. Il s’avère même particulièrement difficile quand on touche à des problématiques sur lesquelles on a pas encore osé communiquer, qu’on sait sensible du fait des divergences d’opinions susceptibles de faire perdre des électeurs. Mais sur ces sujets, le fait de ne pas communiquer est aussi un positionnement qui sera interprété…

L’Observatoire politique tunisien se propose de comparer ces communications sur un de ces sujets sensibles, afin de poursuivre son analyse de l’idéologie des partis, celui qui concerne les évènements de l’université de Sousse et des incidents, suite à la diffusion de « Persepolis » sur la chaîne Nessma. Sujet particulièrement difficile s’il en est car touchant à l’identité tunisienne et surtout au principe d’iconoclastie de la religion musulmane, certaines idéologies se confirment pendant que d’autres s’affirment.

Un certain nombre de points de vue ont été relayés dans les médias : Hichem Meddeb, porte parole du ministère de l’Intérieur qui après avoir présenté les faits a déclaré : «Nous sommes intervenus. S’il y a une opinion à exprimer, les médias servent à cela, sinon on peut aller en justice et porter plainte. Mais ceux qui veulent semer des troubles et utiliser la violence, nous leur disons que nous sommes là». L’association des directeurs de journaux ensuite, qui s’est déclaré solidaire avec la chaîne Nessma dans un communiqué : «L’association tunisienne des directeurs de journaux condamne avec la plus grande fermeté l’acte terroriste fomenté par des extrémistes fascistes religieux qui ont attaqué physiquement la chaîne de télévision Nessma et n’eut été l’intervention des forces de l’ordre, il y’aurait eu des victimes. Elle réaffirme sa condamnation absolue de la violence comme forme d’expression politique, religieuse ou sociale. Elle exprime son soutien total à la chaîne Nessma TV de même que sa solidarité avec tous les organes de presse susceptibles d’être menacés. Elle réaffirme son soutien à la création artistique et aux créateurs qui défendent les valeurs de liberté et rappelle qu’en cas de litige, seuls les tribunaux sont souverains pour trancher. Elle rappelle que l’attaque exercée contre des universités et des enseignants est intolérable et invite tous les médias et la société à défendre les valeurs de liberté et de tolérance». L’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information et de la Communication (INRIC) «condamne fermement toutes les formes de violence et tentatives de terroriser les journalistes et médias et d’étouffer leur voix» estimant «que de pareils actes constituent un danger pour la liberté d’expression, fondement de la démocratie et invite les pouvoirs concernés à prendre toutes les mesures afin de préserver ce droit et garantir la liberté de la presse». le Conseil national des libertés en Tunisie concernant les évènements de Sousse a exprimé sa «réprobation sévère de ces agissements dangereux venant de groupes étrangers à la faculté. Il dénonce le viol de l’espace universitaire en tant que menace contre la sécurité des étudiants et des fonctionnaires. Enfin, il considère qu’il s’agit avec cet incident d’une initiative qui relève du désordre et qui n’est pas justifiée». Enfin, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a fait part de «son rejet total de toute forme d’agression contre les établissements de presse et des menaces contre leurs travailleurs» en soulignant son soutien au droit de protester et de manifester pacifiquement, loin de toute forme de violence et d’extrémisme.

Vinrent ensuite les déclarations des partis politiques retranscrites dans le tableau suivant :

Que peut-on tirer de ces informations. D’abord que la plupart des partis à 10 jours du scrutin choisissent de répondre à côté sans réellement choisir leur camp car leur communication de campagne est rodée et qu’en changer aujourd’hui reviendrait à prendre de gros risques, c’est pourquoi seuls quelques petits partis changent de communication, afin de tenter de s’extirper de la masse des 116 partis légalisés. Pour les autres grosses entités politiques, rien ne bouge, ils sont pour la liberté d’expression et contre la provocation bien que les frontières de ces concepts restent flous dans l’esprit de bon nombre de Tunisiens. Peu d’entre eux prennent de véritables risques (sauf peut être Ettakatol et le PDM « Ek Kotb » qui assument leur solidarité à la chaîne Nessma sans pour autant parler de « ne pas provoquer » comme le fait le PDP par exemple) pour des raisons électorales et c’est bien dommage, car ces questions seront fatalement abordées au sein de la constituante…

Comment espérer arriver à un consensus si l’on élude la question? Et surtout pourquoi ne pas essayer de la régler alors qu’aucun parti n’est au pouvoir aujourd’hui… La rédaction de l’OPT regrette le manque de courage politique des partis progressistes tout en reconnaissant la nécessité de ne pas sortir de la course à l’élection pour en avoir fait preuve.

En outre, la rédaction se demande si il y a réellement autant de personnes en Tunisie qui sont profondément meurtries, qui souffrent à cause d’un dessin animé représentant le rêve d’une adolescente? Est ce que ce vieil homme à la barbe blanche est diabolisé? ou donne une image négative de l’islam? Ces personnes ont elles oublié que nous venons de connaître une révolution contre le chômage, contre la corruption, pour la dignité et pour l’équité pour se permettre d’être scandalisés par un film plutôt que par une justice lente qui se permet de devenir soudainement rapide quand il s’agit d’être populiste? Pourquoi ne s’activent ils pas autant sur des questions hautement plus importantes comme sur les affaires qui concernent l’ancienne famille au pouvoir? Si l’histoire s’arrêtait là elle serait seulement triste, mais malheureusement ce n’est pas le cas, le président de Nessma a présenté ses excuses… Nous pensons qu’il devrait être renvoyé, pas pour sa ligne éditoriale mais pour cette volte face, son manque de dignité, d’amour propre, de conviction, d’engagement, de parole, pour son irresponsabilité par rapport à tous les partis qui se sont montrés solidaires de la chaîne. Triste disions-nous, surenchérissons alors, ridicule avec l’intervention de l’UPL qui porte plainte à son tour contre la chaîne pour « atteinte au sacré ». Slim Riahi en roi du populisme à la recherche de voix prend sans conteste la place de numéro 1 prêt à tous les sacrifices pour arriver au pouvoir, tant pis pour la révolution…

Constat amer, ton désabusé, la rédaction regrette finalement plus la communication du président de Nessma que celle des partis politiques, un comble pour un Karoui…

Sources : TAP, La Presse.

A propos observatoirepolitiquetunisien

L'Observatoire Politique Tunisien est une initiative individuelle privée, non affiliée à un parti, qui a pour objectif de sensibiliser les Tunisiens à la politique. Par des présentations, des analyses et des commentaires de l'actualité politique du pays, nous tenterons de fournir aux lecteurs quelques clés pour analyser et comprendre la communication politique des différentes composantes du paysage politique tunisien.
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2 commentaires pour Quelle communication face aux évènements Nessma?

  1. Ping : L’affaire Nessma et les maux de la société tunisienne — Actualités du monde !

  2. Taieb Guetari dit :

    Je souscris absolument à cette analyse profonde du triste spectacle qu’offre la scène politique tunisienne à 9 jours des élections.

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