UPR à la loupe

Nouvel acteur de la vie politique tunisienne à être étudié par notre rédaction, l’Union Populaire Républicaine (UPR). Après avoir entamé une procédure de fusion avec le parti Républicain, l’Alliance pour la Tunisie et le parti El Wifak en avril 2011, qui n’a pas abouti, le parti de Lotfi Mraïhi souhaite maintenant en son nom, s’imposer durablement dans le nouveau paysage politique tunisien, en se décrivant comme un parti « qui milite pour instaurer le principe de la république, ancrer l’exercice de la citoyenneté et instaurer l’égalité des chances pour une Tunisie ouverte, entreprenante et ingénieuse ».

L’UPR se prononce pour un régime politique mixte avec un président élu au suffrage universel direct qui choisira un premier ministre dans la majorité parlementaire et qui n’aura la charge que de la défense nationale et des affaires étrangères.  Ils souhaitent mettre en place une commission de sécurité nationale qui assurera un contrôle sur le ministère de l’Intérieur et pouvant être saisie par le citoyen. Il ne propose pas de modification majeure de la constitution et soutien simplement le renouveau du nationalisme tunisien.

L’UPR se propose dans son programme économique de créer une économie nationale forte en ouvrant la Tunisie au marché mondial, en protégeant le marché national de toute concurrence étrangère, en mettant en place une politique monétaire dirigée par l’État et en soutenant le pouvoir d’achat, « dynamo » de la consommation et de la croissance. Ils souhaitent une augmentation globale des salaires et lutter contre les grands écarts. Bien que donnant la priorité à la libre entreprise, l’UPR considère que l’État doit être régulateur et doit imposer la préférence pour une consommation nationale.

Fiscalité : Ils souhaitent donc mettre en place une politique d’incitation à l’innovation dans les secteurs exportateurs et dans les PME et PMI susceptibles de couvrir les besoins nationaux jusque là assurés par l’importation. Mise en place d’une taxe à la consommation des produits étrangers et d’un bonus à l’achat de 15% pour les produits nationaux. Augmentation de la taxation sur l’importation pour les produits non souhaités. L’UPR prône l’augmentation du SMIG à 400 Dt, et souhaite maintenir l’imposition des sociétés à 30, 35%, mise en place d’une taxation sur les très gros patrimoines,

Régions : Création d’un nouveau découpage administratif pour la gestion des régions : Région I : Grand Tunis, Nabeul,Bizerte, Zaghouan ; Région II : Béja, Jendouba, Kef,Siliana ; Région III : Sousse, Monastir,Mehdia, Kairouan ; Région IV : Gafsa, Sidi Bouzid,Kasserine, Sfax ; Région V : Gabès, Kebili, Tozeur,Médenine, Tataouine. Avec l’instauration de parlements régionaux, qui éliront des conseils régionaux qui auront pour attribution le développement des régions avec une autonomie financière propre.

Emploi : Politique de grands travaux pour palier à l’urgence avec des programmes de reforestation d’eucalyptus et de chênes liège sur 5 ans, avec un programme de réhabilitation de l’urbanisme, par un plan de réforme de l’agriculture (abandon des céréales pour l’olivier, regroupement d’exploitations en collectivité, rémunération au plant), mise en place d’un statut de stagiaire à 200 Dt, introduction dans le code du travail d’un statut de travailleur alternatif et d’un nouveau contrat le CSTA.

Justice : réforme du Conseil Supérieur de la Magistrature, création d’une commission générale d’inspection du ministère de la Justice. Afin d’alléger la charge globale de travail, l’UPR propose de confier les affaires portant sur des peines inférieures à 1 an ou un montant inférieur à100.000 dinars à un tribunal composé d’un seul juge. Privilégier les peines de travaux d’intérêts généraux plutôt que des peines de prison fermes.

Sécurité : Programme de remise à niveau des forces de l’ordre, réforme de la formation, mise en place d’une police de proximité.

Tourisme : rentabilisation des investissements existants,  diversification de l’offre, politique de développement du tourisme des Tunisiens en Tunisie.

Affaires religieuses : L’UPR est pour la séparation du politique et du religieux, il souhaite confier la gestion des lieux de culte à un ministère des affaires religieuses, placé sous la direction d’un Haut conseil aux affaires religieuses (HCAR) dont le ministre en fonction assurera la direction. Il est constitué de docteurs en religion élus par leurs paires, il nommera les prêcheurs parmi le corps des diplômés de l’université Ezzitouna, qui auront les garanties professionnelles des magistrats et dont le HCAR assurera vis-à-vis d’eux le rôle que joue le conseil supérieur de la magistrature vis-à-vis des juges, Il souhaite enfin surseoir à la fonction de grand Mufti et confier ses prérogatives au dit conseil (HCAR).

Logement : 30 000 logements sociaux/an sur 5 ans.

Santé : gratuité des soins dans le secteur public sur simple présentation de sa carte d’identité, mise en place d’un fichier informatique des malades, incitation au médecin traitant unique, gratuité des soins dentaires jusqu’à 18 ans, meilleurs remboursements des lunettes, des prothèses auditives et des soins dentaires, plan Cancer

Éducation : gratuité totale de l’enseignement, des cours de soutien. Arrêt des cours à 16h, consolider l’apprentissage des langues (augmentation du volume horaire), mise en place d’un système national d’évaluation en 6eme et 9eme année, reforme de l’apprentissage des enseignants, encouragement de la formation à distance.

Transport : priorité donnée au transport en commun, incitation à abandonner les voitures (carte grise contre abonnement)

Culture : La culture doit être à l’initiative du privé ou de la société civile et l’État doit assumer la logistique et l’infrastructure, quota de 80% de discrimination positive pour la culture tunisienne, abattement fiscal à 100% pour les sommes versées pour des activités culturelles, 20% du budget de développement des collectivités locales pour la culture, autoriser la création de fondations, mise en place de droits d’auteurs, lutte contre le piratage.

L’UPR propose donc un projet de société original mettant en avant la production tunisienne par un protectionnisme déclarant la guerre à la mondialisation sur son territoire national mais pas à l’international pour son propre intérêt économique. Bien qu’ils appellent « à revenir à la politique de l’économie réelle » ils ne citent pas, comme la plupart de leurs concurrents, de chiffres de financement témoignant de la faisabilité de leurs propositions. Les secteurs de la santé et de l’éducation étant parmi les plus grosses dépenses des états démocratiques, comment vont ils financer la création des infrastructures manquantes et la gratuité de ces deux secteurs pour l’ensemble des citoyens tunisiens? Ils disent vouloir développer le secteur de l’exportation en mettant en place un protectionnisme national. Comme ils le précisent eux-même la production sur le sol national augmentera le coût de près de 30% à cause des coûts de production, ce qui implique nécessairement une répercussion sur les prix et donc sur le pouvoir d’achat… En outre l’augmentation des taxes à l’importation sur les produits dits « non désirés » forcera tout bonnement certains commerces à fermer et créera du chômage. Si l’on ajoute à cela que la non-concurrence n’est pas bénéfique au consommateur (qualité, prix, normes), la rédaction de l’Observatoire politique tunisien à du mal à concevoir la viabilité de ce système.

Autre mesure discutable, le fait de demander aux entrepreneurs d’augmenter les salaires, il faut savoir qu’augmenter les salaires c’est également augmenter les charges patronales, une évolution des salaires ne peut passer que par une politique fiscale préalable de l’État (baisse des charges patronales, transfert de la taxation du travail vers le capital, règles sur les dividendes, les bonus, etc…) avant de demander quoi que ce soit aux entrepreneurs…

Autre point à éclaircir, ils parlent de « Tourner la recherche exclusivement vers la recherche appliquée », est ce la fin des études historiques, sociologiques, anthropologiques en Tunisie? Aucune de ces disciplines n’aura droit à des crédits de financement? Il n’y aura de la place que pour les sciences dites dures?

L’UPR propose l’idée originale d’un renouveau du nationalisme tunisien, dépourvu de l’unionisme arabe qui lui est souvent collé à la peau. La rédaction se pose malgré tout la question de la faisabilité des propositions avec des réformes excessivement coûteuses et une vision du monde de l’entreprise qui ne fera pas l’unanimité auprès des entrepreneurs tunisiens actuels. Leur proposition alternative à la mondialisation rend leur vision économique conservatrice à bien des égards et demandera de gros efforts financiers aux chefs d’entreprises qui pratiquent une économie libérale. L’Observatoire politique tunisien ajoute enfin que l’UPR aura bien du mal à faire accepter aux Tunisiens de ne consommer que des produits nationaux, alors que le pays est en contact permanent avec le monde, permettant l’emprise du marketing mondial globalisé…

Faites vous votre propre opinion en regardant leur programme sur leur Site officiel.

A propos observatoirepolitiquetunisien

L'Observatoire Politique Tunisien est une initiative individuelle privée, non affiliée à un parti, qui a pour objectif de sensibiliser les Tunisiens à la politique. Par des présentations, des analyses et des commentaires de l'actualité politique du pays, nous tenterons de fournir aux lecteurs quelques clés pour analyser et comprendre la communication politique des différentes composantes du paysage politique tunisien.
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2 commentaires pour UPR à la loupe

  1. Petites remarques d’une citoyenne:

    Le projet de société est un peu idéaliste et courageux, l’application prendra du temps pour rentrer dans nos habitudes et exigences.

    La priorité des priorités est la création d’emplois.
    Sources d’emploi.
    1 ) – L’agriculture et l’environnement 2) La création de barrages et la recherche pour désaler l’eau de mer au moindre cout. 3) Une infrastructure routière 4) Nouvelles sources d’énergie durable e:g l’électricité à partir des figues de barbaries, 5) L’artisanat: créer des festivals avec nos costumes traditionnels 6) Exporter les couscous, pattes, soupes à base de céréales, etc… en Afrique ou il n’y a que le riz acheté avec des devises à la rigueur pratiquer du troc avec les fruits et légumes exotiques. 7) Développer infiniment les matériaux de construction e. g. le marbre de Thala, la pierre taillée de Dar Chaabane. En bref: Toutes ces richesses sont dans notre background depuis longtemps et ne nécessitent pas de formation ni de gros endettements avec l’extérieur.
    Pour le moment celui qui emploie doit être exonéré au maximum de taxes jusqu’au redressement de l’économie.

  2. Ping : Comment choisir son candidat en ligne ? — Actualités du monde !

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