CPR à la loupe

Cinquième programme politique à passer sous la loupe de l’Observatoire politique tunisien, celui du Congrès Pour la République (CPR). Le parti de Moncef Marzouki, créé en 2001 mais légalisé en mars 2011, s’est positionné comme une composante du paysage politique avec qui il faudrait compter et souhaite briguer des sièges dans la future assemblée constituante. Se différenciant grandement des programmes précédents par certains positionnements tranchés, le CPR a d’ores et déjà lancé un appel à tous les partis qui composeront le prochain gouvernement, constitué à l’issue des élections de l’Assemblée Constituante, à tenir un Congrès national afin de débattre des programmes sectoriels et des politiques d’État envisagées au sein d’un Front commun pour que toutes les sensibilités y soient représentées.

Concernant les réformes constitutionnelles, le CPR se positionne en faveur d’une « réécriture radicale » de la future constitution. Pour eux, il est nécessaire d’insister sur la « réaffirmation de l’identité arabo-musulmane du peuple tunisien qui demeure ouverte sur les autres civilisations », ils sont pour l’arabisation à tous les niveaux d’éducation et pour l’union des pays arabes.

Ils prônent un régime parlementaire avec un président élu au suffrage universel pour une durée de 4 ans renouvelable une fois et un premier ministre élu par la majorité parlementaire. Concernant le parlement, le CPR souhaite qu’il ait les pouvoirs de voter une motion de censure à l’encontre du gouvernement ou d’un de ses membres et qu’il ait un pouvoir de destitution du président de la République.

Concernant le programme économique, le CPR propose un État régulateur qui garantie l’équité sociale. Il considère que la transparence et la bonne gouvernance est une condition nécessaire du retour de la confiance et de la relance de l’économie tunisienne. Comme tous les partis politiques tunisiens, le CPR souhaite à court terme, promouvoir la croissance économique, réduire le chômage et réaliser l’équilibre régional. Par le développement de l’économie à haute valeur ajoutée et des incitations financières pour les PME dans les secteurs stratégiques

Fiscalité : augmenter le nombre de tranches d’impôt sur le revenu des personnes physiques, baisse de la TVA pour les produits de première nécessité, intégration du profit fait sur les biens immobiliers et mobiliers dans l’impôt sur les plus-values des capitaux, réviser les exonérations et des incitations fiscales destinées à l’investissement local ou étranger en le rationalisant pour ne pas priver l’État de ressources considérables. Mise en place d’une redevance télévisuelle.

Régions : Démocratie locale et  décentralisation par le lancement de grandes infrastructures (communication, route, transport) et de pôles technologiques.

Justice : réforme du conseil supérieur de la magistrature en le séparant de l’exécutif, et en diversifiant sa composition (juges, universitaires, avocats, huissiers, experts, représentants d’associations des droits de l’homme). Suppression de la Direction des affaires judiciaires, système juridique unique (rassemblant le civil et l’administratif), réexamen des programmes d’enseignement et interdiction de mutation sans consentement du juge.

Sécurité : Mise sous contrôle de la police judiciaire par le Procureur général de la cour d’appel de Tunis, Transfert de la sécurité des tribunaux au ministère de la Justice, amélioration des conditions de détentions. Surveillance permanente des frontières, mesures pour se protéger des attaques informatiques, développement de l’industrie militaire. Surveillance permanente des frontières, mesures pour se protéger des attaques informatiques (implique une censure?)

Agriculture : Développer les grandes exploitations agricoles avec la réinstauration de l’esprit des coopératives agricoles dans les régions défavorisées. Améliorer les circuits de distribution des produits agricoles en éliminant l’obligation de passer par des intermédiaires. Faciliter le financement des projets agricoles surtout les projets porteurs dans les zones défavorisées.

Social : Liberté d’association, révision de l’assurance maladie, politique de discrimination positive pour les personnes ayant des besoins spécifiques (handicapés).

Santé : développement de certaines formalités par internet, création d’hôpitaux universitaires dans les régions de l’intérieur, restructurer l’enseignement de la médecine.

Médias : protection des sources journalistiques, création d’un « CSA ».

Éducation : Arabisation de l’enseignement, reforme de l’enseignement, rechercher l’unification des méthodes et des programmes dans tout le monde arabe

Culture : mise en avant du contexte arabo-musulman, encouragement de l’investissement privé, numérisation des productions culturelles.

Politique extérieure : mise en place d’une Union des Peuples Arabes Libres et d’un rassemblement arabe régional pouvant représenter un cadre de développement arabe global.

Le projet de société plutôt que le programme politique, puisque là encore les chiffres du financement et permettant de juger de la faisabilité des propositions sont absents, est clair et résolument en faveur d’une culture arabo-musulmane quasi exclusive. Bien que le CPR soit doté d’un think tank de chercheurs, Moncef Marzouki ne semble pas avoir vu depuis la France, que la révolution du 14 janvier n’avait rien de religieuse, qu’à aucun moment, les imams ou oulémas n’avaient eu d’importance, de près ou de loin dans cette demande de liberté, de considération et de dignité. Alors pourquoi vouloir mettre en avant cette idéologie, oui la majorité des Tunisiens sont musulmans et ils le savent, il n’est pas nécessaire de leur imposer un carcan identitaire oblitérant leur histoire. Bien sûr, cette identité est bien réelle et personne ne la nie, mais il faut bien comprendre que l’histoire de la Tunisie n’a pas commencé avec l’invasion arabe du pays…

Dans son programme culturelle, le CPR annonce : « Le CPR a pour ambition de susciter une culture capable de stimuler la créativité enracinée dans un contexte arabo-musulman tout en étant ouverte sur le patrimoine commun de l’humanité. Ainsi, il tend à rompre avec les choix déracinés qui ont marqué les cinquante dernières années« .  Pourquoi faudrait-il enraciner dans un contexte arabo-musulman des études antérieures? sur l’antiquité, sur la civilisation numide, punique ou romaine? Pourquoi faudrait-il oublier que des villes entières se composaient de juifs avant l’arrivée de l’islam, que le pays était chrétien avant d’être musulman, qu’il a donné 4 papes à la chrétienté et des auteurs latins prodigieux. Ce n’est pas une tare, au contraire, c’est une richesse, tout comme le bilinguisme est une richesse, les Tunisiens sont mosaïques et ils l’ont toujours été. La rédaction ajoute que si le CPR rompait réellement avec ces cinquante dernières années, pourquoi veut-il imposer l’arabisation à l’ensemble de l’enseignement alors que l’histoire récente a montré que la première étape de cette arabisation a été une catastrophe pour le niveau scolaire des enfants tunisiens. Il est pour l’unification des méthodes et des programmes dans tout le monde arabe, c’est impensable, chaque pays à ses spécificités et son histoire, pourquoi vouloir enseigner à nos enfants un mensonge ou pire une importation idéologique…Cela demande un certain nombre d’explications supplémentaires.

Une chose est sûr, le CPR se distingue de pas mal de ses concurrents, puisqu’il veut mettre en place un nationalisme tunisien panarabe avec un développement des accords avec les pays africains et arabes, la renégociation des contrats déjà signés pour les produits tunisiens avec l’occident. Leur projet de société se veut résolument tourné vers le sud et le proche orient. N’y a-t-il pas un juste milieu, faut-il répondre au pro-occidentalisme par le pro-arabisme? l’OPT ne le pense pas et considère que l’ouverture est toujours plus intéressante que la fermeture. C’est pourquoi elle souhaite qu’il éclaircisse clairement ses positions par rapport au parti Ennahdha.

Faites vous votre propre opinion sur le Site officiel, et en lisant le programme CPR.

A propos observatoirepolitiquetunisien

L'Observatoire Politique Tunisien est une initiative individuelle privée, non affiliée à un parti, qui a pour objectif de sensibiliser les Tunisiens à la politique. Par des présentations, des analyses et des commentaires de l'actualité politique du pays, nous tenterons de fournir aux lecteurs quelques clés pour analyser et comprendre la communication politique des différentes composantes du paysage politique tunisien.
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4 commentaires pour CPR à la loupe

  1. Sabri dit :

    vos observations sur les parties politiques devraient etre plus objectives et ne pas essayer de donner votre avis sur eux

    • Nous ne demandons à personne de voter pour tel parti plutôt qu’un autre, les Tunisiens dans leur bureau de vote respectif auront seul le pouvoir de choisir. Nous essayons simplement de soulever un certain nombre de problèmes que peuvent susciter les différents programmes ou projets de sociétés dans l’intérêt des libertés individuelles des Tunisiens. Il est possible que votre définition du progressisme soit différente de la nôtre, ce qui peut vous faire penser à de la subjectivité mais il n’en est rien.
      Notre seul intérêt est que les électeurs militent pour un projet et se mobilisent pour voter, afin que la démocratie s’exprime. Nous ne cachons pas notre préférence pour les partis dits progressistes mais il n’y a pas cependant jamais d’allégations gratuites et non motivées dans nos articles, chacun d’eux suit une argumentation qu’il est possible de contester mais qui ne ferme pas le dialogue. A vous de nous convaincre que nous avons tort par votre propre argumentation. C’est ce que l’on appelle le débat d’idées et c’est une des composantes de la démocratie que nous souhaitons voir s’installer durablement en Tunisie.

  2. mariouma dit :

    vos observations sont très pertinentes mais je pense que le programme de Mr moncef marzouki
    était formulé en fonction des souhaits des tunisiens, et à mon avis c’est ça ce qui lui a permis
    d’avoir 30 sièges dans la constituante

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