Où sont les femmes?

C’est une question légitime que l’on peut se poser tant leur absence fait défaut en tant que tête de listes des différents partis politiques pour l’élection de la future assemblée constituante. Elles étaient pourtant nombreuses, les personnalités politiques à se réjouir de cette décision au lendemain du 11 avril 2011, lorsque le gouvernement tunisien de transition votait une loi révolutionnaire instituant la parité totale et l’alternance obligatoire dans le processus électoral. Elles étaient d’accord, à l’époque, avec la présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), Sana Ben Achour qui déclarait « La parité est un principe de bonne conduite démocratique ». Cet enthousiasme général donnait du baume au cœur, en attendant le redressement d’une économie en berne et une meilleure répartition régionale des richesses, cette annonce rassurait les chantres de la démocratie devenus sceptiques face au tumulte et au chaos ambiant dans le pays. Seul le parti Al Majd se distinguait alors par son positionnement contre l’article 16 de ce décret-loi traitant de la parité en déclarant que cet amendement constituait « une violation de la liberté de l’élection ». On peut au moins leur reconnaître l’honnêteté intellectuelle d’avoir dit ce qu’ils pensaient contrairement à d’autres.

Car cinq mois plus tard, lors du dépôt de ces listes, moins de 5% des têtes de listes étaient des femmes, la promesse d’une égale considération avait laissé la place à la politique politicienne. La quasi totalité des partis politiques avaient fait le choix de s’asseoir sur cette avancée historique craignant le caractère soi disant dérangeant que pourrait représenter une tête de liste féminine aussi bien dans les régions côtières que dans les régions de l’intérieur.

Seul le Pôle Démocrate Moderniste (PDM), qui regroupe des partis politiques (le mouvement Ettajdid ; le Parti Socialiste de Gauche ; le Parti Républicain et La Voie du Centre) et des initiatives citoyennes (Appel pour un pôle démocratique culturel ; Assez de divisions, Allons de l’avant ; l’Initiative Citoyenne ; le Collectif National des Indépendants du PDM et la Ligue des indépendants progressistes) a présenté des listes paritaires sur l’ensemble du territoire comme en témoigne l’infographie ci-dessus. Ce positionnement affirmé et l’écart symbolique qui les sépare des autres partis, les place résolument en tête des partis progressistes.

De nombreux partis se sont justifiés en disant que la parité était malgré tout respectée, que l’alternance existait bel et bien entre hommes et femmes. C’est la moindre des choses puisque dans le cas contraire les listes auraient été invalidées… Le problème vient du fait que les espoirs suscités par ce décret-loi n’ont pas été suivis de faits par les responsables politiques qui ont préféré ne pas jouer le jeu du modernisme. Loin d’être exemplaires, les chiffres n’atteignent pas un seuil révélant une évolution des mentalités…

Plutôt que de garder le silence face à leur déficience, certains partis ont fait le choix de se justifier comme le PDP de Maya Jribi qui affirme que lors de la constitution des listes, « nous avons été confrontés à l’hésitation des femmes elles-mêmes. Elles participent mais ne se mettent pas en avant », rien n’aurait été à redire si elle s’était contentée de ces mots car il s’agit d’une réalité, beaucoup de femmes militent mais ne franchissent pas le pas de l’exposition médiatique. Elle a pourtant pensé bon d’ajouter que le but du PDP était de « gagner des élections. Il ne s’agissait pas de placer des femmes pour la galerie« , attaquant de ce fait toute tentative paritaire, les qualifiant de symbole inutile dans une course à l’élection. C’est une grave erreur, car ce positionnement n’est pas seulement symbolique compte tenu du fonctionnement de l’élection pour l’Assemblée constituante. Dans la mesure où les régions auront, au mieux, dix sièges à attribuer et qu’il y a un nombre très important de listes, seules les têtes de listes à quelques exceptions près auront une chance d’être élues. Si les têtes de listes sont toutes des hommes, comment les partis peuvent ils parler de parité ou de volonté paritaire… Force est de constater en toute objectivité que le Pôle Démocratique Moderniste est le seul parti qui offre aux femmes la possibilité de participer aux responsabilités de l’Assemblée constituante et n’en déplaise à Maya Jribi, la parité n’est pas juste un slogan de campagne mais une réalité progressiste…

A propos observatoirepolitiquetunisien

L'Observatoire Politique Tunisien est une initiative individuelle privée, non affiliée à un parti, qui a pour objectif de sensibiliser les Tunisiens à la politique. Par des présentations, des analyses et des commentaires de l'actualité politique du pays, nous tenterons de fournir aux lecteurs quelques clés pour analyser et comprendre la communication politique des différentes composantes du paysage politique tunisien.
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8 commentaires pour Où sont les femmes?

  1. C’est plutôt Pôle ou El Kotb et non PDM !!

  2. L’appellation utilisée dans la communication du parti est effectivement « El Kotb » mais le nom officiel de la coalition est bien PDM (Pôle Démocrate Moderniste).

  3. Ben Sassi Sami dit :

    Bonjour, je vous prie de bien vouloir rectifier la présence du  » Mouvement de la Citoyenneté et de la Justice » qui ne fait pas partie du Pôle Démocratique Moderniste (PDM).
    Par rapport à la communication le PDM est plutôt à désigner par « Le Pôle » (El Kotb) car c’est plus compréhensible pour les gens qui ne le connaissent pas encore et qui voudraient en savoir plus.
    Merci pour votre belle initiative.

  4. Merci pour vos encouragements et d’avoir attiré notre attention sur ce détail, la modification a été effectuée.

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