Publicité et politique en Tunisie

La décision de certains partis politiques de ne pas se soumettre aux règles établies par l’Instance Supérieure Indépendante pour les Élections (ISIE) est, selon nous, préjudiciable à la bonne marche de la transition politique de la Tunisie. Car bien au-delà des considérations financières qui poussent ces partis à se positionner de cette manière, il y a un intérêt supérieur à respecter la réglementation. En cette période d’incertitude économique et de troubles sociaux, il est de la responsabilité des politiques de faire en sorte que le processus électoral en cours soit légitimisé par l’ensemble de ses acteurs.

Le Parti Démocrate Progressiste (PDP) a affirmé, dans un communiqué, que « cette décision ne se base sur aucun texte de loi » et qu’il est « prêt à recourir à la justice pour défendre son droit à communiquer avec le public » parce qu’il a déjà « engagé des sommes considérables », tandis qu’un responsable de l’Union Patriotique Libre (UPL) a récemment affirmé sur une radio nationale, que son parti n’avait aucunement l’intention de respecter cette décision « illogique », estimant que son « jeune parti se réserve le droit de se faire connaître ».

Qu’un parti favori dans la course comme le PDP s’octroie le droit de ne pas respecter les règles est susceptible de déstabiliser tout le processus et s’apparente à un comportement irresponsable. Cette considération exclusivement financière, pleine d’amateurisme et d’inexpérience pour eux comme pour l’UPL de Slim Riahi, ne peut pas l’être pour un parti comme l’Initiative de Kamel Morjane qui a une expérience politique avérée au sein de l’Ancien Régime et du RCD. On peut donc qualifier sa prise de position de tentative de déstabilisation des instances provisoires. Selon la radio Jawhara FM, un dernier parti, le MRT de Omar S’habou, sans doute pour faire parler de lui, a dans un premier temps été contre la loi avant de se raviser le lendemain lors d’une conférence de presse.

Nous avons en outre pu lire ça et là des remarques, des commentaires et des articles ne comprenant pas l’enjeu et l’intérêt de cette règle d’équité établie dans l’ensemble des sociétés dites démocratiques. La règle est pourtant simple, il est interdit à un parti politique d’engager des dépenses auprès d’un tiers lui permettant d’accroitre sa visibilité médiatique dans un souci d’équité entre les partis. Cela n’empêche aucunement les partis d’organiser des meetings, d’être présents dans les médias, de publier des communiqués, elle garantie simplement, conformément aux raisons de cette révolution, à l’ensemble des partis de la scène politique tunisienne d’être sur un pieds d’égalité faisant prévaloir les idées à la puissance financière.

L’ISIE qui a reçu le soutien de l’Instance Nationale pour la Réforme de l’Information et de la Communication (INRIC) a annoncé que toute violation de cet article sera sanctionnée par une amende équivalente au prix du spot publicitaire diffusé. Le montant ne doit, toutefois, pas être inférieur à 10 mille dinars. L’amende est multipliée par deux en cas de récidive. Le décret-loi portant création de l’ISIE prévoit le recours aux autorités publiques pour appliquer les décisions de l’Instance et prendre les mesures nécessaires dans ce sens. L’ISIE peut donc recourir aux forces de l’ordre et aux municipalités dans le cas d’une publicité sur la voie publique et contre les agences de communication qui tombent sous le coup de cette interdiction. Attendons de voir si ces paroles seront suivies d’actes…

Le président de l’instance, M. Jendoubi a appelé les médias à respecter les règles car ces derniers « peuvent être garants de la bonne conduite de ce processus en faisant preuve de vigilance, de retenue et de maturité » aussi bien qu’ils peuvent « dévoyer complètement ce processus en altérant le sens des principes de neutralité, d’indépendance, de professionnalisme et de responsabilité », d’où l’importance du respect de ces règles dans un souci d’équité, n’en déplaise à ces messieurs aux poches pleines, on n’achètera pas ces élections.

La maturité politique passera nécessairement par le respect des règles, la démocratie ce sont aussi des concessions, ça ne consiste pas à être d’accord seulement quand ça nous arrange…

Sources: Business news, Tunisie numérique1, Tunisie numérique2.

A propos observatoirepolitiquetunisien

L'Observatoire Politique Tunisien est une initiative individuelle privée, non affiliée à un parti, qui a pour objectif de sensibiliser les Tunisiens à la politique. Par des présentations, des analyses et des commentaires de l'actualité politique du pays, nous tenterons de fournir aux lecteurs quelques clés pour analyser et comprendre la communication politique des différentes composantes du paysage politique tunisien.
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2 commentaires pour Publicité et politique en Tunisie

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