Doustourna à la loupe

Premières listes indépendantes à passer à la loupe de l’Observatoire politique tunisien, Doustourna. Issues d’un mouvement associatif, Le Manifeste du 20 Mars 2011, et de la société civile, Doustourna se pose en tant qu’alternative à l’électoralisme des partis politiques en course pour l’élection de l’assemblée constituante. Se présentant comme un garde fou des acquis des Tunisiens, ils souhaitent contribuer à l’écriture de la prochaine constitution pour le seul intérêt du peuple.

S’appuyant notamment sur des propos de Gilbert Naccache : «Cette constitution, sera le corps de principes communs à tous les Tunisiens. (…) la société civile ne sera plus le porte-parole idéologique d’une classe dominante, mais l’inspiratrice d’un véritable contrat social, que tout le monde devra respecter et à l’intérieur duquel devront être négociés toutes les divergences d’intérêts et tous les conflits de la société», ils ont commencé à réfléchir et travailler sur un projet de constitution depuis le 20 mars, date de la création de l’association «Le Manifeste». Ce travail s’est concrétisé à travers l’initiative «pensons notre constitution», qui a tenu des assises à Mahdia et rédigé une constitution en juillet 2011.

Fort de ce travail collectif et associatif, Doustourna se positionne comme une proposition du peuple, par le peuple et pour le peuple. En tant qu’indépendants non soutenus par une machine politique, ils souffrent d’exclusions, de manque de moyens et de visibilité. Ils sont marginalisés par les médias et sous considérés compte tenu de leur volonté d’indépendance et de leur souhait de ne pas faire de leur initiative une entité politique.

Ils ne se concentrent que sur la constituante et n’ont pas de programme économique, social ou culturel. Ils n’ont qu’un projet de société puisque l’initiative n’a aucun intérêt à penser aux élections législatives ou présidentielles à venir. Leur point fort est résolument le fait d’avoir déjà préalablement écrit une nouvelle constitution avec plusieurs autres initiatives citoyennes, ce qui demande de la patience, de la diplomatie, des qualités d’écoute et de conciliation, qui seront nécessaires au sein de la constituante.

Ils souhaitent qu’après les élections les séances de travail de l’Assemblée constituante soient diffusées intégralement et d’une manière ininterrompue à la télé afin que les Tunisiens puissent se rendre compte des propos de chacun, en toute transparence. Ils proposent un calendrier prévisionnel avec l’adoption de la constitution par référendum le 17 décembre 2012 puis les élections législatives et présidentielles en date du 14 janvier 2013.

Concernant le régime politique qu’ils souhaitent mettre en place, il s’agit d’un régime parlementaire avec un président élu au suffrage universel direct pour une durée de 5 ans renouvelable une fois avec un droit d’opposition lui permettant de contrôler la politique gouvernementale, limiter la domination du parlement et du chef de gouvernement. Le président est donc un contre-pouvoir du parlement. La politique générale de l’Etat étant entre les mains d’un gouvernement issu de la majorité parlementaire.

Concernant la constitution qu’ils proposent, il s’agit d’une proposition progressiste, conservant les acquis des Tunisiennes et des Tunisiens et améliorant les libertés individuelles notamment dans le domaine de la création, du droit à l’information et de la culture. Ils souhaitent abolir la peine de mort et créer une banque et un ministère des Tunisiens de l’Étranger. Pour ce qui touche à la question polémique de l’identité tunisienne ils proposent les articles suivants :

Article 1- La Tunisie est une république unitaire, souveraine, son régime est démocratique pluraliste et décentralisé fondé sur la séparation des pouvoirs. Il ne peut y avoir aucune révision de la Constitution qui ait pour effet la remise en cause directe ou indirecte du régime républicain.

Article 2- Le peuple tunisien est un peuple enraciné dans son histoire, d’appartenance arabo-musulmane et ouvert à toutes les civilisations et valeurs humaines. La république tunisienne œuvre pour la réalisation de l’unité maghrébine démocratique et pour la complémentarité entre les peuples de l’Afrique du Nord et la coopération avec tous les pays du monde. Elle soutient tous les peuples dans leurs luttes pour leur libération, contre le colonialisme, l’occupation et le racisme et particulièrement la lutte du  peuple palestinien.

Article 3- La langue officielle des institutions publiques est la langue arabe.

En découpant ainsi en 3 points distincts l’ancien préambule, Doustourna axe opportunément le premier point de la Constitution sur la nature de l’État, son régime et ses institutions, en reléguant la question identitaire, véritable nœud du problème, en seconde place. Ils sont les premiers à avoir eu assez le courage et l’audace de proposer une alternative à l’article 1 de la constitution de 1957 et n’ont été suivis sur ce point que par "El Kotb", le Pôle Démocratique Moderniste. Les autres par frilosité ou électoralisme n’ont pas osé aborder le problème.

ils seront présents dans la bataille électorale, au niveau des circonscriptions de l’Ariana, Bizerte, Béja, Mahdia, Mednine,  Nabeul I, Nabeul II, Sfax I, Sfax II, Sidi Bouzid, Tunis II, et France Nord. «Il y a plusieurs autres listes indépendantes amies qui n’appartiennent pas à notre réseau, mais qui ont adopté le projet de constitution que nous portons», précise M. Jaouhar Ben Mbarek, tête de liste à Tunis II. «Il n’y a aucun projet qui pourrait concurrencer Doustourna. C’est la base, l’origine, la référence. Il s’agit simplement du seul et unique projet de constitution. Tous les partis politiques portent des slogans et non pas des projets de constitution. Ils n’ont pas de vision globale et complète», explique-t-il. Avant d’ajouter, sans ironie aucune : «Nous avons déjà gagné. Toutes les forces démocratiques et progressistes en Tunisie se sont inspirées de Doustourna. Et c’est déjà un grand acquis pour nous !».

L’Observatoire politique tunisien reconnait aisément l’apport de cette initiative dans l’ensemble du débat politique tunisien. La démocratie participative qui a permis l’élaboration de cette constitution est une voie possible pour la Tunisie de l’après 23 octobre et classe par conséquent les listes doustourna parmi les propositions progressistes du scrutin.

Sources : Kapitalis, site internet, Le courrier de l’Atlas, Site officiel.

À propos de observatoirepolitiquetunisien

L'Observatoire Politique Tunisien est une initiative individuelle privée, non affiliée à un parti, qui a pour objectif de sensibiliser les Tunisiens à la politique. Par des présentations, des analyses et des commentaires de l'actualité politique du pays, nous tenterons de fournir aux lecteurs quelques clés pour analyser et comprendre la communication politique des différentes composantes du paysage politique tunisien.
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3 réponses à Doustourna à la loupe

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